Thème: Lâcher de courage
Caractères: 2873 / 3000
Groupe d’écriture: « Dissidents de la pleine lune »

Tirée de rapports récemment déclassifiés, l’histoire suivante retrace l’une des premières expériences psychologiques étudiant la banalité du mal.

Alors que sous nos latitudes, la mode était à la chemise noire et à la moustache très courte, outre-Atlantique, on préparait la société de demain.
Si depuis quelques années, ecsta, meth et coc s’étaient imposées en baronnes de la performance de guerre, aucune ne permettait de combattre les fuites de vaillance. Un soldat apeuré est un soldat inutile. Ou mort.
Aujourd’hui, l’armée testait une nouvelle substance sur une population hétérogène, mise en quarantaine pour les besoins de l’expérience. « Contamination biologique », on leur avait prétexté. Plus personne ne pouvait ni entrer, ni sortir d’AREA52. Chaque cobaye se voyait administrer de la nourriture aux frais de l’Etat. Nourriture, bien que rationnée, plus que bienvenue en période de récession économique. Cependant, chaque once de vivres contenait sa dose de ferocia. Après un jour sous ferocia, la population marchait de manière plus détendue, regardait droit devant elle et parlait fort. Après une semaine, l’entrain des hommes vis-à-vis de la gent féminine était décuplé. Sur le chantier, la peur du vide, volatilisée. L’économie, relancée. Le courage coulait dans les veines d’AREA52.
Jusqu’à…
Jusqu’à l’apparition des premières tensions : les victimes, habituées à se plaindre, étaient maintenant gonflées à ce qu’elles appelaient « l’équité et la justice ». Tandis que ceux habitués à donner des ordres ne pensaient qu’à contrer ce fléau égalitaire.
Les anciens opprimés contre les nouveaux spoliés.
Et comme la police sert à protéger un système en place, c’est dans la rue et contre la police que les révoltes pacifiques débutèrent.
Jusqu’à…
Jusqu’à ce coup de matraque qui fracassa la tête d’un manifestant.
L’incident mit le feu aux poudres. Révolutionnaires matèrent policiers, les égorgeant un par un. Débarrassés de la force armée, ils imposèrent leur diktat.
Part of the plan, on peut lire dans le rapport.
Jusqu’à…
Jusqu’à ce que des tensions apparussent au sein des rebelles. Certains voulurent plus de libertés, d’autres, plus d’égalité. Et c’est comme ça que des rebelles parmi les rebelles liquidèrent d’autres rebelles.
Jusqu’à…
Jusqu’à ce qu’il n’en reste plus qu’un. Le plus courageux de tous, celui qui avait le mieux défendu ses valeurs.

Ce n’est que lorsque ce dernier trouva le courage de s’ôter la vie qu’AREA52 retrouva la paix d’antan. La mort plutôt que l’ennui.

Une fois tous les humains exterminés, une quiétude régna. Les scientifiques lui donnèrent le nom de silence de Beethoven.

Ferocia ne vit jamais le jour et son financement fut avorté après le fiasco d’AREA52. À l’heure où la société court après une recherche effrénée de courage, dans les tiroirs d’une agence militaire gisent des papiers qui témoignent : l’abus de courage mène au carnage.