Thème : Fille ou garçon ?
Caractères : 3048 / 3000
Groupe d’écriture : « Dissidents de la pleine lune »

Snoopy, c’était le compagnon de jeu idéal. Un peu dans les bras, un peu sous le lit, un peu capricieux aussi. Et ma mère, à nouveau le sourire. Elle lui préparait un plateau avec des carottes, de la salade, du brocoli et de l’amour.
Mon psy m’avait expliqué que certaines personnes effectuent un transfert du défunt sur un animal. C’était le cas de maman. Un truc freudien, selon ses dires, un mécanisme de défense.
Elle l’appelait, « Snoopy, mon chéri, viens ici » et Snoopy venait. Oui, c’était un lapin libéré, il vivait hors de sa cage. Et sans pétole, car le lapin est propre. Bien plus que ma grand-mère en tout cas.
Mon meilleur pote, lorsqu’il vit Snoopy, il l’a-do-ra. Il voulut le même, il acheta le même : Spock. Comme le commandant dans Star Trek, un mâle alpha.
La première fois que Spock et Snoopy se rencontrèrent, ils se rapprochèrent immédiatement.
Mon Snoopy sur son Spock.
Le coup du lapin.
C’était aussi ça d’être un lapin libéré. Nous, ça nous faisait marrer, mais ces enculades n’étaient pas du goût de ma mère. « C’est dégueulasse », disait-elle.

Torride fut l’été.

Je me souviens, oh oui je me souviens de cette matinée. Jour de rentrée, je revoyais enfin mon pote. La larme à la mirette, il me dit, « Ce matin, il y avait cinq lapinous dans la cage ». Berné, il avait été berné, on lui avait vendu un mâle alpha et il se retrouvait avec une femelle omega et des lapinous à tout-va.
Lorsque je rentrai ce midi-là, je l’annonçai à ma mère, qui dit « Oh ». Juste « Oh ». Elle n’avait pas l’air enchantée par la nouvelle. Moi je l’étais, une naissance est toujours un heureux événement.
Les jours suivants, nous étions le sujet de discussion à l’école. On expliquait tout : de la taille du zizi lapinesque jusqu’à la gestion du futur harem cunicole.

Arriva ce moment où…. je me souviens, oh oui je me souviens de cette odeur de plat mijoté.
Je sais que vous voyez venir la scène…
Elle posa la casserole au milieu de la table. Elle la jeta, en fait. « Comment va Snoopy », lui demandai-je. « Ton lapin est un salop », me répondit-elle. Elle souleva le couvercle, me servit un bout de viande et de la polenta. Dans son assiette, deux ronds carnés. Des sortes de fèves. « Tu sais à qui elles appartiennent ? Ce sont celles de ton salop de lapin », cria-t-elle en plantant la fourchette dans ses flageolets. Elle rajouta que ce que les hommes savent faire le mieux, c’est des enfants dans le dos des femmes. Elle fondit en larmes. Ravagée. Cocue. « Je t’ai tout de même gardé un souvenir ». Après l’avoir dépecé, elle eut conservé la queue de Snoopy. Tricolore. Blanc/noir/rouge, empalée au bout d’un porte-clefs. Car cela porte chance, me confia-t-elle.

Aujourd’hui, j’ai bien grandi. Mais à chaque fois que je drague une nana, au moment d’enfiler ma main dans sa culotte, je touche la queue de Snoopy dans ma poche et je m’interroge : fille ou garçon ?