En cas d’attaque, il existe au moins trois manières de se défendre, ne nécessitant aucun usage de la force:

  1. Percuter les testicules de son assaillant.
  2. Asphyxier son assaillant par une prise arrière.
  3. Crever les yeux de son assaillant.

Lors d’une attaque, fuir n’est pas toujours la meilleure stratégie à emprunter1Voir la Réponse combat-fuite. Certaines fois, il vaut mieux penser à la façon d’infliger un maximum de dégâts à son agresseur. Adopter cet état d’esprit s’appelle se comporter en prédateur.

« Bonjour, mon nom est Chelsea, je serai votre assistante pour ce soir », ses seins sortent de leur bonnet.
Sa jupe arrive à mi-cuisse, son porte-jarretelles longe sa cuisse, son corset rouge et ses bottines ne cachent rien à ses cuisses.
Burger et onions rings. Voilà ma commande.
Dans le restaurant, les télévisions annoncent les dernières nouvelles: ISIS vient de décapiter un journaliste. Halal. Mes onions rings font la taille du bonnet de Chelsea et le goût de mon burger… à faire saliver un vegan. J’ai plus de chance que cette huile me bouche les artères que de me faire buter par un djihadiste2Regardez ce document de l’OMS: CAUSE-SPECIFIC MORTALITY.. Mais au final, tout le monde y gagne. Un gouvernement qui fait voter des lois liberticides à son peuple, une économie de la sécurité qui émerge et des coûts de la santé qui explosent. On peut pardonner un tranchage de gorge, une dépendance au gras et une perte de la vie privée, si c’est pour créer des millions d’emplois.
Vous vous demandez comment je peux m’envoyer un plat si copieux alors que mon meilleur ami est à l’hôpital ?
Simple: j’ai faim.
Je m’en vais de ce pas lui rendre visite.

Chambre 910A, soins intensifs. Juste avant les soins palliatifs.
Je croise l’infirmière, « Nous le maintenons dans un coma artificiel  », après son accident3Voir Chérie, j’ai oublié mon Prozac, c’est la meilleure chose à faire, me certifie-t-elle. Trois personnes dans la pièce. Lui, c’est le dernier lit. Matricule 114CCD, 62 battements par minute, 115/72 de systole/diastole.
« À ce qu’il paraît, les personnes dans le coma entendent ce qui se passe autour d’elles », je lui dis. Les bips s’enchaînent, mais le temps ne passe pas. Au royaume des comateux, la parole est d’argent, mais le silence est partout.
« Faut-il donc que je te raconte des contes pour adultes pour que tu t’éclates dans ton coma » je me lève, le regarde dans ses yeux fermés et lui pose la main sur l’épaule.
« Tu devrais voir l’infirmière ! Un de ces petits culs, elle ne doit pas faire que du squat celle-là, j’en mets ma bite à couper ».
Quand on parle de queue, on en voit le loup. La voilà qu’elle entre dans la pièce, « Le médecin m’a informé que nous allons sortir Henri de son coma artificiel ». Je la corrige, « Henri… ce n’est pas son prénom », elle se reprend, « Soit, je ne m’en sors plus avec tous ces prénoms qui se ressemblent. Maintenant, veuillez quitter la chambre. Demain quand vous reviendrez, il sera certainement conscient. »
Elle repart comme elle est arrivée, son petit cul trémoussant.

Au royaume des comateux, la parole est d’argent, mais le silence est partout.

« On est bien peu de chose. J’appuie sur ce bouton et tu n’es plus. Tellement vulnérable ». Je sors une pièce de ma poche. « Je te propose de jouer à un jeu. Tu as 50% de chance de gagner. Pile tu vis, face, on se dit adieu ». Je tire la pièce. « Pile ! Dommage, j’aurais pu te délivrer d’un fardeau. »
Rien n’arrive par hasard. Le karma, l’univers ou Dieu en a voulu ainsi. Non, je déconne, est-ce que quelqu’un y croit encore à ces conneries  Ce matin, je me suis réveillé animiste, pourquoi croire à une seule instance supérieure quand on peut y croire à de multiples.
« J’ai envie de cookie. T’as aussi envie de cookie  À demain vieille branche. Ne t’étouffe pas dans ton coma… manquer d’air pour un social hacker, ça serait le comble ! »
Je quitte la demeure de plaisance.
Seul.
Dans la vie quand on choisit d’être différent, on est seul.
Toujours seul.

Le lendemain, l’infirmière au petit cul trémoussant m’interpelle, « Le médecin a réveillé votre ami. Nous l’avons changé de chambre, 915B, au fond du couloir, à droite, puis à gauche, puis tout droit, puis à nouveau à droite. Allez-y avec des pincettes et ne restez pas trop longtemps, il a besoin de se reposer ».

Aucun bip dans cette pièce, juste une odeur de pet. « Salut vieux comateux, comment te sens-tu », il me répond, « Fatigué ». Ses yeux se ferment comme s’il venait de se prendre un coup de batte derrière la tête.
« De quoi as-tu rêvé ces derniers jours »
« Mais qui êtes-vous », me demande-t-il.
« Je suis Jésus Christ. »
Il regarde par la fenêtre, en se frottant la nuque. On y voit du béton armé, du goudron désarmé et aucun oiseau.
« J’ai besoin de me reposer, pouvez-vous partir »
Je sors de la chambre et je vais parler à petit-cul-trémoussant qui mange une barre protéinée. « C’est quoi ce délire avec mon pote  Il ne me reconnaît plus, que lui avez-vous administré ». Elle repose son snack dans son papier et se lèche les doigts. « Votre ami est le 114CCD, c’est bien juste  J’appelle le médecin. Allez-vous asseoir. »

Pendant que j’attends sur ma chaise, une mère et sa fille ayant le poignet bandé, promènent dans le couloir. « Pourquoi t’es-tu infligée ça » Maman pleure. De l’autre côté, un homme pousse son déambulateur. « Un modèle high-tech que vous avez là », je lui dis. Il se racle le fond de la gorge, à la recherche du grumeau perdu. D’après le bruit, il vient de découvrir un trésor bien enfoui, qu’il ravale sur-le-champ. Le médecin arrive, « Juliette, préparez-moi un café, je viens de sortir d’une séance avec un patient, il m’a vidé de toute mon énergie. Il n’a pas arrêté de pleurer, je ne vous raconte pas la scène. Tout cela parce qu’il a appris qu’il avait des métastases sur les poumons. »
Il se tourne ensuite vers moi et m’explique que les traumatismes crâniens provoquent des amnésies passagères. Ou définitives. La seule chose à faire est d’attendre. « C’est fréquent », me dit-il. Parfois ce sont les souvenirs qui sont altérés, d’autres fois, le langage. « Une vraie roulette russe ! Votre ami n’est pas Russe j’espère  Ne vous en faites pas, il ne mourra pas ! Enfin… pas tout de suite du moins ! »

Vous passez toute une vie à étudier, à vous développer, à vous enrichir d’expériences et en quelques secondes votre cerveau est reseté4Anglicisme, réinitialisé, pour un ordinateur. Il ouvre sa chemise, « On crève de chaud ici, ne trouvez-vous pas », il prend son café, « Vous pouvez lui raconter des histoires que vous avez partagées ensemble, ça ne peut que lui faire du bien ». Il appelle petit-cul-trémoussant. « Veuillez contrôler la glycémie du patient 824AGU après le repas ».

Je rentre à nouveau dans la chambre.
Il dort.
Je prends un tabouret à roulettes, que je cogne contre son lit. Il ouvre les yeux. Je tourne sur ce siège en bois. Et je m’arrête. « Tu t’es fait shooter par une bagnole devant mes yeux. »
Il regarde devant lui, « Je me rappelle du choc. »
« De quoi te rappelles-tu »
« Du choc. »
« Te rappelles-tu de ton travail, de tes amis, de ton harem »
« Je… », il fait la tête que l’on fait quand on cherche désespérément un mot, « Comment nous sommes-nous connus »
« Les pissoirs d’un hôtel de luxe. C’était notre premier jour de travail. Je t’ai dit «  c’est guindé ici  » , tu m’as répondu, « Le gars de la table 108 me prend pour son esclave. Je lui ai laissé un souvenir dans sa salade ». Depuis ce jour, j’ai su que tu étais cassé comme moi. »
« Qu’avons-nous fait ensemble »
Je me frotte les mains, « J’ai une belle histoire à te raconter ! », je verse deux vers d’eau. Un pour moi, un pour la plante. « Tu avais commencé à travailler dans une multinationale. Nouveau venu, tu avais volé la vedette à un de tes collègues et obtenu la place qu’il convoitait depuis plusieurs années. Pour se venger, il t’envoyait des commandements de payer à répétition5Technique utilisée par certains avocats et politiciens pour « embêter l’ennemi »., tu croulais sous la paperasse administrative. »
« Il était jaloux, c’est compréhensible. Comment ai-je réagi »
« Dans un premier temps, nous avions engagé une étudiante afin de récolter des signatures pour une agriculture sans pesticide6En Suisse, les 100’000 signatures pour les initiatives, se récoltent dans la rue. Plus d’information ici par exemple. ». Le con avait signé. D’autres cons aussi. Avec leurs adresses. « Les gens divulguent tellement d’informations personnelles, c’est génial ! »

Les gens divulguent tellement d’informations personnelles, c’est génial !  

« À quoi servaient ces données »
« Et bien… nous avons apposé sa signature sur une lettre de démission que nous avons envoyée aux ressources humaines. Puis, nous avons passé des commandes de stupéfiants à son nom, depuis le Darkweb7On peut penser à des plateformes comme Silkroad à l’époque. Aujourd’hui il en existe des dizaines d’autres., qui lui ont valu une descente de police un matin à l’aube.  »
« Nous avons vraiment fait ça »
« Ouch… ce n’est que la pointe de l’iceberg ! Nous avons annoncé son départ de sa commune. Ta cousine l’a appelé un soir, prétextant un faux numéro. Ensuite, nous avons laissé traîner une culotte féminine dans son linge sale8Une autre spécificité suisse: dans les immeubles, la machine à laver le linge est commune. Elle se partage entre les locataires. Il n’est pas rare de retrouver une chaussette, une culotte ou le T-shirt d’un voisin dans ses affaires.. Et quelques jours plus tard, un morceau d’emballage de préservatif dans la poche de son jean. Sa femme est devenue tellement suspicieuse que son couple n’a pas tenu. Et encore… on en était qu’au début. Avant ton accident, on voulait l’annoncer comme mort auprès des autorités. »
« C’est cher payé… avait-il mérité que l’on s’acharne pareillement sur lui »
« BLA BLA BLA. Ne deviendrais-tu pas sentimental quand tu perds la tête  Notre deal a toujours été de manger plutôt que d’être mangé ». Adopter cet état d’esprit s’appelle se comporter en prédateur. «  Nous étions les chats, il était le lézard. À chaque coup il se débattait un peu plus, ignorant son inexorable destiné  ».
Il tourne la tête, en direction de la fenêtre. Sa bouche est ouverte, son mandibule ne remonte plus. Je continue, « Cependant le coup fatal, c’est toi qui l’as porté ! »
« Comment ça »
« Tu lui as fait un tango de triade noire9Narcissime, psychopathie et machiavélisme. Il existe un test pour déterminer quel trait est le plus présent dans votre personnalité., un coup dont seul toi a le secret. »
« Raconte-moi ! »

« Votre repas du soir Monsieur », l’infirmière apporte un plateau, avec une soupe, une tranche de pain blanc, un yogurt, de la purée et un suprême de poulet. Pané. Et du ketchup. « Comment se passe le réveil » Elle sent la branche chocolatée. Je sens ma branche. Pas encore chocolatée.
« Un peu sonné », rétorque-t-il. Les infirmières… un fantasme pour bien des hommes. Ca doit être le blanc qui procure cet effet. On a envie de salir cette blancheur. Dans les toilettes handicapées.
Je lui sors, « Si vous l’embrassez, il retrouve la mémoire. Je l’ai lu dans la belle aux bois dormants.  »
Elle dispose le plateau sur une planche rétractable et laisse échapper un soupir, « Je suis en couple. Et ce sont les femmes qui me branchent ». Plus elles sont salopes avec moi, plus je les aime. Mon pote nous regarde, il rit du râteau.
« Ca tombe bien, nous aussi ce sont les femmes qui nous branchent ». Elle secoue la tête esquissant un sourire, pendant qu’une mouche à merde se débat pour s’enfuir du ketchup. « Bonne soirée messieurs », nous dit-elle, avant de s’adresser à moi, « Il va falloir le laisser dormir maintenant ».
Je quitte la chambre, avec l’infirmière. Une fois la porte fermée, je lui demande de me tendre la main.
« Pourquoi », s’interroge-t-elle.
« Tendez-moi votre main je vous dis ». Elle tend la main, les sourcils froncés et un semblant de moue. Je lui écris mon numéro de portable sur le dos de sa main avec le stylo que je prends dans la poche de sa blouse. Je lui chuchote, « Vous et votre copine… écrivez-moi. Je sais être très créatif quand il le faut ». Elle replace sa mèche derrière l’oreille, « Je dois au moins avouer que vous avez des couilles. Bonne soirée monsieur ». Elle se retourne et me laisse planté au milieu du couloir.

Les infirmières… un fantasme pour bien des hommes. Ca doit être le blanc qui procure cet effet. On a envie de salir cette blancheur. Dans les toilettes handicapées.

Le cerveau humain est étonnant. Une contusion et l’on est une autre personne. Une course à pied et on est euphorique. Une drogue et l’on devient dépressif. Aussi dépendant des facteurs externes… et après on se croit libre de nos choix.

Le jour suivant, petit-cul-trémoussant se dirige vers moi, les bras levés, « Votre ami s’est enfuit cette nuit, il a laissé ce message sur son lit: Je me souviens de tout. Je vais finir ce qui a été commencé. »

Cette épopée avait débuté par un test sanguin et se termine par une fugue. Je ne vous ai d’ailleurs jamais expliqué ce qui s’était passé avec mon test: « Erreur dans les éprouvettes ». Comme quoi, cela n’arrive pas que dans la fécondation in vitro. Le bilan sanguin s’avère parfait. Irréprochable. Un esprit malsain dans un corps sain.
Et c’est en écrivant ces derniers mots que je reçois un WhatsApp d’un numéro inconnu.

« Salut, envie d’être créatif avec nous ce soir »