Noël. Sa dinde fourrée. Son ambiance chaude et grasse. Ces odeurs de bois qui embaument les narines, pendant que les flocons tombent sur le goudron savonneux. Il arrive avec ses rennes, dépose son traîneau sur le toit et écrase sa Lucky Strike sur une tuile, avant d’enfourner la cheminée, pour descendre dans le tuyau de suie. Son ventre appuie contre les parois, faisant remonter le cake au crabe qu’il a englouti.  Une fois dans la pièce principale, souvent le salon, ou la chambre matrimoniale, il dépose les cadeaux sous les épines.

Tout cela se passe quand les enfants ont avalé leur somnifère et que les parents ronflent leurs liqueurs. Certaines fois, un verre de lait jonche le plancher. D’autres fois, des bouts de tissu ou des objets contondants.

Au moment où il est de dos, recourbé pour déposer les divins présents, un “Salut Papi” retentit. Il se retourne. “Oh, Oh, Oh, mais bonsoir”, dit-il de sa voix de barbu. Elle s’approche de lui, une jambe devant l’autre. Le genre de jambe de la taille de six objets contondants, le genre de jambe que l’on ne voit que dans les films à caractère guibographique. Elle se mordille la partie inférieure de la lèvre, colorée d’un rouge-noël. “J’ai un cadeau pour Papi”, dit-elle. Son peignoir de fourrure tombe, dévoilant un sein en forme de cloche, maintenu par un tissu noir à peine plus grand que le téton. Alors qu’elle s’apprête à enlever le bonnet du monsieur, “Jesus-Marie-Joseph, que faites-vous ma fille ? J’ai encore bien du travail devant moi”, dit-il. “J’adore quand les hommes me font le coup du « je n’ai pas le temps »”. À ce moment, elle passe ses quatre doigts à l’intérieur du manteau natal, pour atteindre sa taille. Elle approche son visage du sien et lui dit d’un ton lent et coloré, “Enlève ta laine, Papi”. Elle prend son poignet et l’attache au sapin. Avec des menottes nuptiales. Elle en profite pour lui enlever ses sabots, laissant apparaître des pieds potelés.

Depuis la cuisine ou les toilettes, une autre voix se fait entendre. “Es-tu dans le salon ? À qui parles-tu ? ”, elle répond: “Dominique, tu ne devineras jamais qui est sorti de notre cheminée ». Dominique, les cheveux blonds, entre dans la pièce et s’approche de la femme, en ignorant le prisonnier. Les deux se prennent par les cheveux et s’embrassent devant les yeux du père attaché. D’abord la lèvre supérieure. Ensuite la langue intérieure. Leurs mains passent sur leurs tailles siliconées, puis sur leurs fessiers de guêpe. « Détachez-moi, je dois encore livrer bien des enfants », crie-t-il. Le couple s’interrompt. « Tu n’aimes pas le spectacle ? « Dominique s’approche de lui et glisse sa main entre les jambes. « Que faites-vous ? Je n’ai pas le temps », répond-il. « Mon père adorait quand je lui faisais ça », reprend l’autre en enchaînant: « Le père Noël a aussi le droit à son cadeau » et tire une petite fiole colorée de sa poche. « Super Rush Black »1Les poppers. « Renifle les effluves ». Un « Hen » sort de la bouche du vieil homme.
La femme retourne vers Dominique. Elle descend le training et la culotte de Dominique d’un seul mouvement, qui laisse apparaître un maillot en piste d’atterrissage. Mais garde son pull en laine à grosse maille, avec un dessin de cerf. Les deux reprennent leurs ébats. L’une dessert les bretelles du poilu, son pantalon descend instantanément. Une bosse. « J’ai presque cru que tu étais insensible à nos charmes », crie l’une. Le couple se sépare. Dominique se met à genoux devant le caleçon en forme de pique, ouvre sa mâchoire grand comme une moule et prend dans la bouche le gros orteil du vieil homme. Pendant ce temps, l’autre femme vient se placer dans le dos du père. « Sais-tu comment l’on reconnaît une bonne masseuse ? « , demande-t-elle et continue, « à sa capacité à ouvrir les chakras de ses clients ». Elle s’arrête de parler, fait glisser la paume de la main sur la colonne vertébrale de l’homme et reprend: « Ici, entre la lombaire L2 et L3, c’est le nerf du plaisir ». Elle appuie à la manière d’un massage profond. Un autre « Hen » sort de la bouche du grand-père. « Une trentaine de secondes sur ce nerf et les enfants du monde ne recevront plus jamais de cadeaux ». Elle relâche sa main, puis se colle contre lui. « Qu’est-ce que je sens là ! On dirait… », s’écrit-il. « Trouves-tu cela bien réussi ? Dans la boule de Noël de droite, il y a une petite pompe2Voir phalloplastie. Maintenant, penche-toi en avant ». Elle le prend par la nuque et le pousse pour qu’il se courbe. « Ouch ». Sa main glisse, son ongle lui arrache un morceau de peau sur la joue. « Aïe ! Arrêtez, je dois y aller », dit-il en saignant. Il s’agite. Il s’agite tellement pour s’échapper que le sapin tombe. Les bougies roulent sur le tapis suédois en polysynthèse. Les flammes prennent en moins de temps qu’il ne faudrait à un Rocco pour se mettre au garde-à-vous. Le brasier. Il reprend la même cheminée par laquelle il est arrivé, le pantalon sur ses talons. De leur côté, les deux femmes quittent l’appartement, en courant. Elles se retrouvent dans la rue, l’une avec son pull en laine de cerf, l’autre avec son intimité aéronautique. Elles admirent leur fugitif s’enfuir, sur son traîneau tiré par les rennes des neiges, pendant que des flammes jaunes, bleues et affamées s’échappent des fenêtres.

Afin de cacher les cicatrices de cette soirée, le père Noël décida de se laisser pousser la barbe, Mais qu’allait-il raconter à son épouse ? À ses nains ? Il avait encore quelques heures d’aventures pour trouver une solution et satisfaire, à sa façon, les autres enfants de la planète.