Le sujet ci-après peut choquer la sensibilité des plus jeunes et des plus pudiques. C’est pourquoi il est accompagné du logo rouge.

Le sujet ci-après peut choquer la sensibilité des plus jeunes et des plus pudiques. C’est pourquoi il est accompagné du logo rouge.

Quand on parle aux gens de manière très intime, ils se confient et nous racontent leurs secrets les plus enfouis. C’est ce qui se passa avec Teresa.

Mère Teresa, maman d’un petit Mahmud, est probablement l’archétype de la mère exemplaire. Toujours de bonne humeur, elle inculque à son enfant les valeurs catholiques qu’elle a apprises, comme l’amour du prochain, ou encore le partage. Mahmud, 10 ans, connaît une jeunesse paisible, au sein d’une famille modèle, où il ne manque de rien et jouit de tout l’amour de ses parents.

Mais aujourd’hui, quand elle entend que « les personnes qui n’ont rien à cacher, n’ont rien à craindre » 1« if you’ve nothing to hide, you have nothing to fear », elle me confie éprouver un énorme sentiment de gêne.

Tout commença dans les années huitante. Elle était à peine plus vieille que son fils. À l’époque, pas d’internet ou de téléphone portable. Tout juste une bible, héritage de parents pieux et quelques livres, inintéressants pour son jeune âge. La télévision était rationnée et monopolisée par ses parents, qui regardaient des films aussi inintéressants que les livres de la bibliothèque. Elle se couchait donc tôt. Découvrant son corps, les soirées passaient très vite. De nouvelles sensations, de nouvelles zones érogènes… toutes ces nouvelles expériences qu’elle voulait éperdument partager avec ses amies, mais qu’elle savait si prohibées de par son éducation. On ne parlait pas de ces choses-là. Et que penseraient ses parents, s’ils venaient à le savoir

Une année plus tard, elle fit la connaissance de Marie. Le contact passa instantanément. Cette fille avait énormément de charme: quand elle souriait, de petites fossettes se creusaient dans ses joues, lui conférant un petit quelque chose qui sortait de l’ordinaire. Elle avait cet air joueur et malicieux, qui la rendait inaccessible, mais en même temps, tellement chaleureuse.

Elle avait cet air joueur et malicieux, qui la rendait inaccessible, mais en même temps, tellement chaleureuse.

Plus le temps passait, plus les filles se rapprochaient. Elles étaient devenues comme deux soeurs. Elles s’habillaient de manière identique, avaient les mêmes délires et parlaient de la même manière.

Marie venait souvent à la maison, les parents de Teresa l’adoraient. D’ailleurs, quand Marie rentrait, il n’était pas rare d’entendre un parent s’exclamer: « Elle est vraiment chou cette gamine ». Pendant le repas du soir, après la prière, elles restaient à table. Discrètes, timides, elles parlaient peu. Quand on leur demandait comment les cours se passaient, ou des questions indiscrètes sur les garçons de la classe, elles échangeaient un petit regard joueur, mais ne répondaient jamais. Après le repas, elles se levaient poliment de table, s’essuyant la bouche et repliant correctement leur serviette. Elles montaient ensuite dans la chambre de Teresa. Là, elles parlaient des garçons, de la prof et des amies qu’elles critiquaient allègrement. Elles passaient leur temps à discuter, à refaire le monde, à « chiller ».

Elles mettaient souvent un fond de musique. Un rythme plutôt lent, qui avait un double effet. Celui de cacher leurs discussions de filles, au cas où l’un des parents aurait eu la bonne idée d’écouter au travers de la porte. Ensuite, le son relâchait leurs esprits. Quelquefois, elles écoutaient juste la musique, sans rien dire, se laissant simplement transporter par la mélodie. Elles se regardaient, n’échangeant aucun mot. Accroupies, l’une devant l’autre, elles bougeaient leur corps, de gauche à droite, en laissant aller leur tête. Elles se souriaient, fermaient les yeux, les rouvraient, au gré du langoureux tempo. Bougeant, souriant, se délectant de chaque seconde de cette soirée qui semblait s’être figée. Le plus naturellement du monde, Marie laissa tomber son bras, effleurant avec son index, le genou dénudé de Teresa. Un geste rempli de tendresse, de douceur et de bienveillance. Il y avait quelque chose de galvanique dans cette pièce où le temps semblait s’être s’arrêté…

Le lendemain, les filles n’osaient plus se parler. Elles venaient de commettre l’irréparable, l’interdit. Les parents de Teresa demandaient pourquoi Marie ne venait plus à la maison,. Elle répondait qu’elles s’étaient disputées au sujet d’un garçon. Les parents, émus, ne voulaient que le bonheur de leur fille. Ils vinrent avec leurs conseils: « Il faut que tu parles avec Marie de ce qui s’est passé. Il ne faut pas rester dans le flou. Mettez les choses au clair. Tu sais ma fille, des hommes tu en rencontreras plein dans ta vie, mais pas des Maries… ». Evidemment, Teresa refusa les bons conseils de ses parents, sur le moment. Mais cette nuit-là, elle ne dormit pas. Le lendemain, après les cours, elle décida de parler à Marie. Après 2 minutes, les deux jeunes filles pleuraient à l’unisson, dans les bras l’un de l’autre. L’abcès étant crevé, les deux amies pouvaient continuer leur idylle. Toujours dans l’ombre, toujours à l’abri des regards.

Elles grandissaient, elles se séparaient, sortaient avec des hommes, mais ne se perdaient jamais de vue. Elles discutaient de leurs expériences, sans filtres ni tabous. Un soir, alors qu’elles avaient 18 ans, les parents de Marie fêtaient leurs noces de porcelaine220 ans et découchaient pour le week-end. La maison libre, c’était l’occasion de faire une « soirée ». Le genre de petite fête entre amis, où l’on pouvait boire une bouteille de Martini et se réveiller le lendemain, sans même avoir un mal de tête.

Le genre de petite fête entre amis, où l’on pouvait boire une bouteille de Martini et se réveiller le lendemain, sans même avoir un mal de tête.

Chose qu’elles ont faite. La soirée avançait, l’ambiance chauffait. À une heure du matin, la maison s’était vidée, car à cette époque, on ne faisait pas nuit blanche à 18 ans3La majorité étant encore à 20 ans. Mais Teresa, ce soir-là, avait averti ses parents, qu’elle resterait chez Marie, pour l’aider avec les préparatifs de la fête. Avec l’alcool et la musique, jouant le rôle d’une « Madeleine de Proust », la fin de soirée prit des tournures de déjà-vu. Avec les années, les deux filles avaient pris de la bouteille, testé de nouvelles choses, chacune de son côté. Ce soir-là, l’humeur était à la découverte de nouvelles sensations. Voilà qu’elles utilisaient une bougie, pour se confectionner un « toy » un peu pointu. Le problème de la cire, c’est que quand elle chauffe, elle devient cassante. Mais on ne pense pas à ces choses, en fin de soirée, surtout après autant de picole. C’est ce qui se passa: la pointe en cire se cassa à l’intérieur du colon de Marie. Si elle put très vite retirer le corps étranger, elle ne se doutait pas des complications à venir.

Plus les jours avançaient, plus les douleurs devenaient aiguës. Les deux filles ne voulaient pas se rendre à l’hôpital. Comment expliquer ce qui s’était passé à leurs parents ? Si cela venait à se savoir, elles allaient être la honte de toute la famille, et la risée de l’école. Cinq jours plus tard, une forte fièvre s’empara de Marie, l’obligeant à être hospitalisée d’urgence. Son colon était complètement infecté. Plus les heures avançaient, plus son état se dégradait. La médecine semblait impuissante devant cette gangrène. On l’opéra. Ablation d’une partie du gros colon, ainsi que du rectum. Mais on n’a jamais revu Marie sortir du bloc opératoire.

Les « qu’est-ce que l’on va dire » eurent raison de Marie. Pas de seconde chance. Aujourd’hui, Teresa ne parle plus à ses parents. Son père, criblé de honte, n’a pas accepté les dérives de sa fille et refuse de lui parler. Sa mère ne supporta pas le choc. Lentement, mais sûrement, elle sombra dans l’alcoolisme. Teresa vit avec le souvenir d’une amitié qui s’est terminée brutalement un soir d’été. Bien des années se sont écoulées. En faisant son deuil, elle a partiellement accepté la personne qu’elle est. Mais si, par malheur, cette histoire venait à se faire savoir…

De mon côté, j’ai appris à me questionner sur les Teresa qui portent un masque de Joker au quotidien. Car j’en reste convaincu: sur cette planète, chaque personne à des blessures à cacher.

(image: https://pinupglamourjh.wordpress.com/candys-corner/)