Tic, tac, tic, tac. La montre indique bientôt minuit. L’aiguille rouge tourne. Elle s’arrête. Je ne suis pas l’übermensch 1https://fr.wikipedia.org/wiki/Surhomme que j’essaie de faire transparaître.

39 heures plus tôt, j’étais prêt. Interview. Costume bleu nuit 2https://fr.wikipedia.org/wiki/Symbolisme_des_couleurs#Bleu, 10 jours que je prends des nootropiques 3https://fr.wikipedia.org/wiki/Nootropique et de la caféine à profusion . Tout doit bien se passer. Confiance, assurance et maîtrise de mon sujet. Au moins que toutes les études que j’aie lues et testées me servent à quelque chose ! Je vais leur en mettre plein la vue.

Tic, tac, tic, tac. Je passe l’interview technique avec brio. Plus tard, ça se corse, lorsque la « ressource humaine » se met à me profiler. « Vous avez l’air trop sûr de vous, Monsieur. Et je ne suis pas la seule à le penser ». Je ne réponds rien. Je baisse les yeux avec gêne.

Voilà mon problème: mon ego qui me rattrape.

Voilà mon problème: mon ego qui me rattrape. On me l’avait dit de ne pas trop l’ouvrir comme de coutume. Mais il a fallu que je montre qui je suis. Je ressors avec un très mauvais pressentiment.

Tic, tac, tic, tac. Midi, je me pose sur un banc. « Ca a l’air bon ce que vous mangez », dis-je à la fille à côté de moi. « Ouai », me répond-elle sans même me regarder. Elle monte les yeux au ciel, puis se lève pour changer de banc. Pourquoi ? Sourire, plissement des yeux, intention, position ouverte… tout y était et pourtant tout est allé de travers.

L’action des stimulants de ce matin s’estompe. Crash. Motivation au plus bas, il me faut un autre café pour me réveiller.

Mon cerveau me joue des tours 4https://en.wikipedia.org/wiki/Reticular_activating_system. Je ne filtre plus que les informations sombres. Les pensées noires arrivent. Je suis un bon à rien. Je suranalyse toutes les transactions. Pourquoi ? Pour quoi ? Pour qui ? Il y a d’ailleurs deux amoureux en devenir devant moi, ils se séduisent l’un à l’autre d’un air timide, mais c’est madame qui semble faire le travail…

Cette histoire de « social hacking » me monte à la tête. À désirer lutter contre le conformisme, je me trouve supérieur aux gens et je deviens un gros connard prétentieux.

Tic, tac, tic, tac. il est 15h. J’ai faim. Je m’enfile un burger et je lis dans le parc de Montrepos. La vue est imparable, le lac bleu azur, tout comme le ciel. Un chat s’approche, il est mignon. L’animal a dû ressentir ma peine et vient me consoler… Il se frotte à ma jambe. Puis contre le sac que j’ai posé à terre, au pied du banc. Il frétille soudainement de la queue et gicle une traînée jaune acide qui ferait pâlir n’importe quel chimiste ! Quel animal ingrat. Bad Karma ! Me consoler… tu parles. Rien ne tourne rond… peut-être qu’il y a une justice. Peut-être que je paye mon égocentrisme. Je dois bien trouver une raison à mon malheur. Quel con je suis. La prochaine fois, j’essayerai de moins l’ouvrir et de m’intéresser un peu plus à la personne en face de moi.

La prochaine fois, j’essayerai de moins l’ouvrir et de m’intéresser un peu plus à la personne en face de moi.

Tic, tac, tic, tac. 19h, j’ai de nouveau faim. Aucune motivation. Rien envie de me préparer à manger. J’appelle un pote, pour une pizza. « J’veux bouffer d’la junk food », lui dis-je par téléphone. Quand ça ne va pas, le gras et le sucré semblent me réconforter. J’ai beau connaître la cascade émotionnelle qui va découler directement de cette nourriture de cochon, mais j’ai besoin d’être consolé.

Je lui parle de mes problèmes. En 3 minutes, je lui plombe son moral, pourtant si bon au moment où je l’ai vu 5http://sociovore.com/2016/02/01/cet-astuce-de-jedi-pour-une-monstrueuse-influence/ . Il se met à me parler des ses problèmes à son tour, de ses 3 gonzesses, dont il ne sait quoi faire.

Tic, tac, tic, tac. La journée semble interminable. On ouvre une première bouteille de vin. Une Dôle qui ressemble plus à de la piquette qu’à du vin. Gentiment, l’effet de l’alcool se fait sentir. « Toutes des salopes », je finis par lui dire. Deux bouteilles plus tard, on titube dans les rues de Lausanne. « Vraiment toutes des salopes, j’teeee dis ». On se tient par les épaules, pour ne pas tomber. On arrête des filles dans la rue. On leur dit « Toutes des salopes » à l’unisson. Les pauvres filles prennent peur quand elles nous voient.

Je laisse mon pote, il est minuit. Je rentre seul, titubant sur le trottoir. « Toutes des salopes », je continue à marmonner, sans vraiment articuler. Je pleure, seul. Egoïste. Tous les efforts que j’entreprends, semblent mener nul part. J’ai des idées terriblement noires, décuplées par l’alcool et la conversation de tout à l’heure.

Ce matin, je me réveille avec un mal de tête, preuve que c’était bien de la piquette que nous avons bu hier soir. J’ai honte. Je m’en veux. Ca sent la pisse de chat dans ma chambre. Peut-être que je ne suis pas fait pour le travail en entreprise, avec son conformisme que j’essaie tant de combattre. Peut-être qu’il me faut ce genre d’expérience pour que j’apprenne.

Tic, tac, tic, tac. L’aiguille rouge continue finalement à avancer. Dans ma bibliothèque, je lis sur le dos d’un livre « Sometimes you win, sometimes you learn… » 6Sometimes You Win–Sometimes You Learn: Life’s Greatest Lessons Are Gained from Our Losses – by John C. Maxwell

To be continued…