Hier soir, j’ai mangé avec le sociopathe. Quand je lui ai parlé d’exploitation d’émotion, il éclata de rire. « Pour influencer les gens, les emmener dans l’état émotionnel que tu veux, il faut être capable de contrôler tes propres émotions », me dit-il. Encore l’effet des neurones miroirs… Quelques clignements des yeux intempestifs sous l’emprise du stress, une intonation vocale qui change et c’est game-over.

Quelques clignements des yeux intempestifs sous l’emprise du stress, une intonation vocale qui change et c’est game-over.

Il me confie chercher la petite bête chez les gens, car une fois qu’ils pètent les plombs, ils deviennent plus facilement influençables. On échange quelques techniques d’exploitation d’émotion. J’ai d’ailleurs pu utiliser l’une d’entre elles aujourd’hui.

En entrant dans le bus, une fille, dans la précipitation, écrase le pied d’un quarantenaire aux cheveux frisés. Il part au quart de tour : « Mais ça va pas la tête ? Vous pouvez vous excuser tout de même », d’un ton insultant. La femme, rétorque « Oh, c’est bon, je ne l’ai pas fait exprès ». « Faut-il que je vous apprenne la politesse », reprend le frisé.

A ce moment, la posture de la femme se raidit, sa pupille se dilate, l’oeil devient quasiment noir, le visage rougi par l’afflux de sang qui est propulsé dans les joues. Elle pointe le bout de son index sur la poitrine du Monsieur. « Vous vous foutez de ma gueule ? Monsieur le donneur de leçon, est-ce que c’est une façon de parler aux gens ? ».  Escalade extrêmement rapide du discours. Montée de colère. Emotional Hijacking.

Personne ne daigne résoudre le conflit. Le bus, bondé. Les gens s’écartent, comme par peur de prendre part à une cause perdue. Dynamique de conformisme. Je me souviens de ce vieux dicton : « Si vous êtes sur le point de faire une crise cardiaque, ne la faites pas en public ».

Tout le monde est choqué. Un savant mélange de conformisme, de peur, de choc et d’emotional hijacking hantent le bus. Une occasion en or de pratiquer l’enseignement du sociopathe. La colère des deux personnes m’envahit, j’ai appris à la reconnaître.

« Si vous êtes sur le point de faire une crise cardiaque, ne la faites pas en public ».

Je hurle, à plus de deux mètres : « Sa mère est sur le point de mourir ». Voilà mon interruption de schéma (pattern interrupt) ! L’information prend du temps à être analysée par les sujets : une grosse seconde pour que l’information passe par le neo-cortex des deux émoustillés, avant de désactiver leur impétuosité.

« Hein ? » me disent-ils avec leurs yeux de merlans frits. Ils ne comprennent pas ce qu’il vient de se passer et mettent instantanément fin à la dispute. « Vous ferez attention à ce que vous dites, Monsieur », dit la femme au ronchon, avant de retourner s’asseoir.

Premier gros hack, percutant de plein fouet mes victimes. Je vais appliquer cette technique plus souvent ! S’il est possible de désactiver une réponse émotionnelle en 8 mots, il doit donc être possible de faire le contraire. S’il est communément admis que le contenu compte peu dans une conversation, il doit donc être possible d’enflammer quelqu’un par un simple geste ou d’un regard

« A nous deux, sciences humaines », disait Rastignac. Il y a tellement à explorer, à expérimenter et à apprendre, qu’une seule vie ne suffira pas !

To be continued…