« Ce que je sais, c’est que je ne sais rien ». Voilà mon état d’esprit ce matin. Je marche dans la rue… Un gros bouton jaune a été installé sur le poteau qui annonce l’horaire des bus. Une trentaine de personnes devant, aucune n’appuie. J’entends dans ma tête, une voix – celle de maman – me disant « Ne touche pas ». M’en fous, j’appuie. Une femme robotisée annonce l’heure, ainsi que les prochains passages du bus. Tout le monde se retourne, me regarde… et j’ai ma braguette ouverte.

Je me sens perplexe devant notre société, où chacun semble jouer un rôle en s’y cantonnant si fidèlement. Mais comme un ordinateur, cette société « se hack ». Tous les aprioris, le conditionnement social et les valeurs inculquées depuis l’enfance sont du pain béni pour qui veut jouer avec la société. J’ai envie de porter une burka, une blouse blanche ou un habit de flic pour comprendre l’effet que procurent ces déguisements. Jouissif, comme « l’habit fait le moine » 1http://www.hacking-social.com/2015/12/02/live-lhabit-fait-le-moine-et-faq/.

Matinée riche en émotions. Je croise le grand patron de Migros Suisse dans le train. Il lit le journal. Je vais lui parler, sans trop de gêne. Peur d’un rejet ? Même pas. « J’aime votre seamaster 2https://www.omegawatches.com/fr/watches/seamaster/, vous plongez  » Il décroche les yeux de son journal, il est confus. « Oui, mais je n’ai encore jamais osé la mouiller » me répond-il, avec un grand sourire. On va parler plongée, voyages, économie et même Brexit.

Le diable est dans les détails, dit-on ! Une montre, une chaussure, un bijou ou un habit 3http://sociovore.com/2016/03/15/ces-petits-jeux-de-pouvoir/#habits donne tellement d’informations sur les passions et le statut social d’un individu.

Au moment où il me dit qu’il est PDG de Migros Suisse, je le taquine: « Migros… vous me rappelez ce que c’est déjà  » Le deuxième degré peut être risqué. S’il ne prend pas cette question à la rigolade, il me faut une alternative pour rattraper la bavure éventuelle. Je reviendrai sûrement avec un « Qui aime bien, châtie bien », accompagné d’un grand sourire.

Il ne pourra rien dire là-dessus, car je lâche du leste et je lui rends son pouvoir.

Il ne pourra rien dire là-dessus, car je lâche du leste et je lui rends son pouvoir. Cependant il rigole, entre dans le jeu et m’explique les fondements de la Migros. Étonnante dynamique de pouvoir. On parle d’égal à égal et on finit par échanger nos coordonnées.

La façon dont les grands managers ou les chefs d’Etat se comportent me fascine. Certains sont hautains et avides de pouvoir, d’autres sont humbles et dotés d’une forte capacité d’empathie. Cependant, quand ils entrent dans une salle, ils ne passent jamais inaperçus. Leur façon de marcher, de bouger et même de respirer, est différente de celle du commun des mortels. La littérature vante les personnalités comme Churchill, Branson4https://www.advisory.com/daily-briefing/2015/02/04/richard-branson-to-leaders-if-you-arent-listening-you-are-missing-out ou Clinton 5http://www.fastcompany.com/3061515/the-scientific-reason-why-coworking-may-be-the-future-of-work qui, malgré un immense pouvoir, prennent toujours le temps d’écouter et de choisir la diplomatie à la force. Une philosophie de l’abondance et de l’écoute, où chaque transaction est Win/Win et non pas une tentative d’imposer un pouvoir sur autrui.

Le statut social est tellement fragile et contextuel: un videur qui fait la loi aux portes d’une boîte de nuit, n’a plus aucune influence hors de son contexte. C’est un état qui tourne. Eric Berne, avec son analyse transactionnelle 6https://en.wikipedia.org/wiki/Games_People_Play_%28book%29, estime que les gens « jouent » un petit jeu, dans chacune de leurs communications. Pionnier dans son domaine, il y a eu différentes théories par la suite, comme par exemple, le triangle de Karpman7https://fr.wikipedia.org/wiki/Triangle_dramatique.

Le statut social s’acquièrt parce que les autres veulent bien nous le donner, en étant conformes et en acceptant de suivre les règles.

Le statut social s’acquiert parce que les autres veulent bien nous le donner, en étant conformes et en acceptant de suivre les règles. Nietzsche, si tu m’entends, c’est maintenant qu’il faut m’envoyer un signe !

Évidemment, pour renverser un statut, on pourrait utiliser la force, comme le font les gorilles par exemple, lors de batailles qui établiront « l’alpha » du groupe 8https://www.youtube.com/watch?v=HDxA8-01cp4. On peut faire une « révolution », en montant les foules contre un homme. Ou se créer artificiellement du statut, en s’achetant une montre de luxe, une voiture, un bateau. Parler de façon incompréhensible pour paraître plus intelligent que la moyenne est aussi une solution. Pourquoi d’ailleurs faisons-nous tout cela ?9http://sociovore.com/2016/01/25/ce-besoin-de-reconnaissance-qui-nous-ronge/

Je vais réfléchir à toutes ces questions qui hantent mon esprit. Obtenir le pouvoir par la force semble créer des frustrations. Dans les arts martiaux on nous rappellera « d’arrêter d’utiliser sa force, mais d’utiliser celle de son adversaire. » Peut-être que les réponses à mes questions se trouvent en orient ? Une chose est sûre, l’authorité de type militaire – où punitions et blâmes sont les maître-mots – a la facheuse tendance à me transformer en Mr Hyde 10https://fr.wikipedia.org/wiki/L’%C3%89trange_Cas_du_docteur_Jekyll_et_de_M._Hyde. En attendant, je reste le gentil petit Dr Jekyll 11https://fr.wikipedia.org/wiki/L’%C3%89trange_Cas_du_docteur_Jekyll_et_de_M._Hyde que tout le monde connaît, mais pour combien de temps encore

To be continued…