La période pascale. Des milliers de fidèles à Rome chantent et prient. La joie dans leurs yeux. Dieu est enfin ressuscité. Chaque année il nait, il meurt et ressuscite. Mais un secret reste bien gardé: la grossesse de Marie.

On ne raconte pas ce genre d’histoire en catéchèse, ni à l’église. Au cours du XVIII siècle, une affaire secoue le pontificat de Léon XIII. Une affaire qui aurait pu tuer la religion comme on la connaît, voir semer un trouble politique, parmi la plèbe si fidèle. Avec une religion ébranlée, l’oligarchie ecclésiastique ne peut plus imposer son diktat. Il fallut mater la révolte, tuer la propagande. La « Squadra della guardia pontificala » (SGP) vit le jour durant ces années.

L’élimination des opposants était douce et chirurgicale. Le vatican disposait, depuis Alexandre VI, d’une équipe spécialisée dans le matraquage des agitateurs. La SGP formait son petit carnet d’adresses de suspects, en « interrogeant » le révolutionnaire. Leur technique favorite de récolte d’information se nommait « la fourchette de l’hérétique ». Ce bident en métal, à double embout, se 15-methodes-torture-terrifiantes1fixe entre le sternum et la gorge, à l’aide d’un collier en cuir. Quand le martyre en devenir s’endort, la tête tombe inéluctablement sur ces petites fourches. La fourchette rentre frénétiquement au niveau de la gorge. Elle déchire les muscles hyoïdiens. Elle éclate la glande sous mandibulaire qui suinte de salive. Xérostomie. Souvent on entend un « tac », du bruit d’un élastique qui lâche: ce sont les fibres musculaires qui se brisent. En son opposé, une autre fourche s’occupe du sternum. Si la victime est encore vivante après son premier « coup de barre », elle ne survit pas à sa deuxième fatigue. Les mini-baïonnettes percent le larynx, de la même manière que l’on perce une paille avec une aiguille à coudre. La respiration devient difficile. Les halètements se font entendre. Le sang s’infiltre dans les poumons, à la manière d’un hémothorax. Suffocation. Mort par oedème. Asphyxie. Les plus chanceux en ont pour quelques heures. D’autres, après plusieurs jours, se tuméfient de toute part et se vident de leur sang. L’inquisition avait énormément amené aux techniques de torture.

La persécution n’a servi à rien. L’information a fuité. Marie est « tombée enceinte par le Saint Esprit », un jour où la température s’approchait des 38°C à Bethléem, en Judée. La jeune femme désirait se baigner dans la « piscine publique », construite par les Romains, 7 ans avant de déclarer cette terre comme conquise. Le soleil tapait. L’eau coulait des aqueducs, remplissant les bains. Il y avait pleins d’hommes et quelques femmes. Certains passaient du bon temps, en toute concupiscence. Les Romains étaient connus pour leurs orgies aquatiques. Mais Marie, prude, ne mangeait pas de ce pain-là. En « bikini » moyen-âgeux, elle s’étonnait cependant des perl771px-villa_del_casale_-_jeu_de_balleettes blanches qui flottaient dans l’eau, telles des petits tétards apeurés. Elles étaient volatiles et collaient sur son corps, comme une bardane aux poils d’un chien. Ces bulles inodores et visqueuses éclataient entre les doigts sous simple pression.

Les mois suivants, Marie vomit. Envies de fraises. Humeur qui joue au yoyo. Acné. Elle prend du poids. Joseph n’y était pour rien. « L’âge de pierre » était passé, le gingembre ne faisant plus d’effet. Quelques mois plus tard, son hymen se déchire enfin pour enfanter le petit Jésus.

Aujourd’hui, ce secret reste encore bien gardé. Seuls quelques privilégiés le connaissent. La SGP a changé de nom, mais continue à sévir [*]. Au final, ce n’est peut-être qu’un détail dans le best-seller qu’est devenu la bible. Les coquilles seraient multiples: la pomme défendue serait une grappe de raisin… Mais l’histoire de la grappe d’Adam sera pour une autre fois.

– Antoine, garde pontificale

 [*] Le triple meurtre qui embarrasse encore le Vatican 13 ans après